Réflexions du fauteuil : nos relations avec les Français sont toujours aussi ambigües
05 02 2009
Et je ne parle pas seulement de Nicolas Sarkozy. Un de ses députés, Pierre Lasbordes, a souhaité la bienvenue à Jean Charest en lui disant : « J’espère que vous n’avez pas trop la plotte à terre comme on dit au Québec ». Il faisait sans doute référence à la fatigue du voyage. S’il avait eu de l’à-propos, Charest aurait pu lui rétorquer : « J’espère que votre femme n’a pas trop souvent la sienne à l’air ». Les Français l’auraient sans doute trouvée bien bonne tant ils semblent n’avoir aucune idée de la signification et de la vulgarité de l’expression.
Ce n’est pas parce que nous parlons la même langue que nous avons la même culture et que le poids des mots est le même de part et d’autre de l’Atlantique. Par exemple, ici on dit merde ou maudit pour ne pas sacrer. Nous croyons qu’utiliser l’expression maudit Français est plus légère que si nous disions tabarnac d’ostie de Français. À leurs oreilles c’est l’équivalent. Les mots merde, maudit ou putain sont leurs sacres puisqu’ils n’utilisent pas les termes religieux comme nous.
Pour en revenir à Sarkosy, on peut dire qu’il a fait un effort de clarté en disant que l’expression ni ingérence, ni indifférence qui exprime la position de la France depuis le premier référendum de 1980 n’était pas son truc. En voilà une belle expression ambiguë dont l’objectif était de couper la poire en deux pour satisfaire tout le monde. La non-ingérence est un message au Canada pour lui dire que la France ne se mêlera pas de sa politique interne et la non-indifférence exprime l’idée qu’elle se préoccupera toujours de l’avenir du Québec. Les indépendantistes ont interprété cela comme un appui implicite à la souveraineté suite à un référendum gagnant. J’ai toujours cru que ce n’était pas le cas. La France ne peut pas en même temps ne pas se mêler des affaires nationales du Canada et appuyer ouvertement l’indépendance du Québec surtout si le référendum est gagné par une faible marge.
Je suis d’accord avec Yvon Deschamps qui a déclaré dans une entrevue dans La Presse en décembre dernier qu’il n’y a aucune chance de réaliser l’indépendance si le oui à un référendum ne l’emporte pas avec au moins 60 % des voix. En tout cas, la France ne remettra jamais sa relation avec le Canada en cause ni sa réputation internationale en jeu si cette démarche n’obtient le support massif de la population.
Les souverainistes ne peuvent pas en même temps répéter à qui veut l’entendre que l’indépendance doit se faire au Québec et se ridiculiser à chercher à tout prix une caution française qui n’arrivera jamais. Les réactions de Gérald Larose et de Gilles Duceppe aux déclarations de Sarkosy sont des réflexes de colonisés. On n’en a rien à foutre de l’opinion de Sarkosy et des Français sur l’avenir du Québec. Ça ne les regarde pas et nous n’avons pas besoin d’eux. Si la France appuyait la souveraineté, mais qu’aucun autre pays ne le faisait, ça ne nous avancerait pas beaucoup.
J’ai entretenu des relations commerciales avec des entreprises françaises pendant 20 ans. Il vaut mieux se référer au dictionnaire en cas de doute sur la signification de certains mots pour bien saisir leurs messages. J’en connais plusieurs qui ont été déçus après avoir mal interprété leurs intentions. Ils sont toujours les champions de la manipulation de la langue française et des esprits faibles qui les supplient pour obtenir leur reconnaissance. Ils sont depuis longtemps les maîtres de la condescendance polie.
Cela dit, j’aime la France et les Français. Il n’y a rien de plus réjouissant que d’en envoyer un manger de la marde quand il nous emmerde.
Publié par : jacqueso à 08:00:46
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